Revista de Ciutadans de Catalunya

Crónicas de Angelita...

 

14/11/07 · Crónica 3. Original en Francés.

Aujourd’hui, à Paris et dans sa banlieue, ou dans les grandes villes de province, il n’est pas rare de croiser des secrétaires de direction, des informaticiens, des infirmières, des médecins, des professeurs, des proviseurs, des journalistes, des écrivains, des gérants, des commerçants, des entrepreneurs, etc., d’origine étrangère. Tous ont une histoire à vous raconter, une histoire d’immigrant.  Moi, je n’ai pas oublié la mienne. Aussi, depuis mes années de collège jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas cessé d’aider les enfants en «  échec scolaire », quel qu’il soit. J’ai appris à les comprendre, à connaître leurs traditions, et parfois à les aimer autant que mes neveux. Il faisait alors bon vivre à Paris à l’approche des années 80. La génération de Mai 68 avait déjà imprégné l’école et les mentalités de ma génération par  sa rébellion  à l’ordre institué et son élan à  la cause des autres . De même, l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 81, donna l’espoir d’un monde fraternel et meilleur. Beaucoup l’ont cru et je fus aussi de ceux-là.
Mais que s’est-il donc passé ? Pourquoi dès la guerre du Golfe, en 1990, et la guerre des frères, en Algérie, en 19995 ( l’armée contre le FIS, puis le GIA ), la France bascula dans la polémique ou plongea dans un silence tendu ? Que dire  des banlieues qui commençaient à s’agiter plus que d’habitude, de ces jeunes et de ces hommes et femmes de mon âge que j’avais côtoyés sur les bancs du collège et qui, soudain, s’alliaient à Saddam Hussein, parce qu’il leur permettait de  relever fièrement la tête ou clamaient avec force leur soutien au FIS.
Que s’était-il passé pour que l’islam des maisons fut revendiqué par la plupart des Maghrébins des banlieues comme une identité sociale et politique. C’était l’Islam avec un grand I, cet Islam au nom duquel on égorgeait en Algérie, en Afghanistan, cet Islam qu’avait su, depuis, imposer  Khomeiny en Iran et au nom duquel on ôtait la vie à tant d’innocents. Cet Islam qui ordonna l’attentat du RER Saint-Michel, en juillet 1995, en plein cœur de la capitale parisienne, faisant  huit morts et une centaine de blessés. Les Parisiens étaient sous le choc, et moi en larmes. A quelques minutes près, j’en aurais fait partie. J’avais été retardée, au bureau,  par un appel téléphonique. Quand je fus à deux pas du pont Saint-Michel, la foule courait, hurlait, les ambulances arrivaient en trompe, la police bouclait le quartier. J’étais sonnée.  Un attentat ! La vie tient à si peu de choses.  Mais, dans ma banlieue, les langues se déliaient le soir même. C’était la punition infligée à la France par le GIA, pour son soutien au pouvoir algérien… Cela ne semblait pas les effrayer. C’était juste. Comment  pouvaient-ils cautionner ? N’y a-t-il pas mille autres manières de se libérer du joug des puissances ex-coloniales ? Non, cet Islam, islamiste, fondamentaliste, né au Proche-Orient, ne réglait pas que ces comptes avec l’histoire, il voulait être l’Histoire. Tissant sa toile haineuse dans les caves des cités françaises, ses imams, parfois venus à coup de renfort du Proche-Orient, ou anciens combattants de l’Afghanistan, rappelaient  à l’ordre la communauté musulmane dans sa soumission au Prophète et à la « Umma », en dehors de laquelle aucun salut n’est possible, excluant ainsi les autres, les non-musulmans, ces infidèles qu’il faut combattre. Comment ce discours pouvait-il enflammé des jeunes en difficulté comme des jeunes diplômés ? Tout se mélangeait :  la guerre d’Algérie, la colonisation, le Proche-Orient, le racisme anti-arabe, l’humiliation arabe. Assez. D’autres peuples ont été humiliés, sans pour autant proclamer le « djihad ». Que dire des Noirs, mis en esclavage durant des siècles, des Amérindiens massacrés, des Asiatiques que les Français traitaient aussi d’indigènes, des Roms (Gitans) méprisés, des Indiens ou des peuples insulaires que d’autres puissances exploitèrent. Comment, en France, les Pouvoirs n’avaient-ils rien vu venir ?  On reprochait à la droite, à juste titre, de ne rien faire pour les banlieues, mais la gauche, à force de vouloir ménager la susceptibilité des uns et des autres, dédramatisa cette violence « islamiste » qui touchait de plein fouet les banlieues. Elle ferma les yeux, se rattachant à tous ces fils d’immigrés maghrébins ou africains qui avaient si bien réussi. Alors, on mit tout sur le compte des mauvaises conditions de vie, du chômage, du sentiment d’être délaissés par la société, etc. J’ai vu tant d’enfants souffrir, échouer ou réussir, pour mille raisons différentes, des quatre coins du monde, de tous les milieux sociaux, de toutes les religions, que ce « cliché » ne me convainquait plus. La gauche ne voulait pas voir la réalité en face : l’école et sa laïcité étaient en danger. Je m’en rendis très vite compte. Dans ma banlieue, une du 93, Seine Saint-Denis, le voile cacha rapidement non seulement le visage de jeunes femmes, de plus en plus nombreuses, de plus en plus jeunes. On ordonnait même aux nouvelles venues, françaises, portugaises, espagnoles, etc., mariées à un Arabe, à le porter. Et bien qu’elles revendiquaient ainsi, selon elles,  leur liberté d’expression, je les croisai souvent dédaigneuses ou tristes.